J’ai eu le plaisir de répondre à quelques questions, concernant les blogs, pour le site easybourse, consulter l’interview.

« Le blog permet aux publicitaires de toucher une cible extrêmement précise »

Peut-on parler de révolution blog ?

Très clairement oui, car les blogs ont permis à bon nombre de promesses tenues dans les années 90, à l’arrivée d’Internet, de devenir réalité. Parce qu’ils sont à la fois un outil de communication très puissant et qu’ils sont très simples à utiliser, les blogs ont permis aux internautes, qui n’étaient dans les premières années que des consommateurs d’informations ou des acheteurs en ligne, de devenir producteur de contenus. Le web est maintenant un véritable espace social où des discussions peuvent avoir lieu.

Bien évidemment, la généralisation des connexions haut débit, de la photo, de la vidéo numérique et l’expérience grandissante des internautes expliquent aussi que le web soit devenu un espace social multimédia. Mais les blogs sont l’élément le plus visible de cette révolution que constitue l’appropriation de l’Internet par les internautes.

Combien de bloggeurs comptent la France actuellement ?

Selon Médiamétrie, au cours du premier trimestre 2006, 7,3 millions d’internautes français auraient fréquentés un blog, et 4 millions auraient laissé au moins un commentaire. Selon une enquête publiée ce mois-ci par Ipsos-Média, 18% des internautes français affirment avoir déjà crée un blog. Mais je m’intéresse peu à ces chiffres. Seul la progression que je sais fulgurante m’intéresse, mais elle devrait bientôt se tasser il me semble.

Si les chiffres sont importants, ce qui l’est tout autant, c’est la qualité d’un outil, souvent gratuit, en tant que media. En offrant un tel outil à des personnes dont le discours est capable d’intéresser des dizaines, des centaines, voire milliers d’internautes, on a crée une révolution médiatique. Cette révolution est encore en marche.

Alors que les medias avaient auparavant le monopole de la communication de masse, on peut dire qu’ils l’ont techniquement perdu. Si ce monopole subsiste c’est principalement parce que les individus sont encore suffisamment nombreux à avoir l’habitude de regarder tous ensemble, le soir par exemple, le même programme télé.

Si vous avez 1000 personnes très compétentes dans leur domaine et capables d’écrire convenablement et régulièrement, cela représente déjà un phénomène très important pour l’information. De plus comme pour les medias, ce qui importe c’est davantage le chiffre de leur audience que le nombre de bloggeurs qui importe.

Vous est-il possible de chiffrer le marché publicitaire pontentiel généré par les blogs ?

Non. Cependant il ne faudrait pas mettre ce type d’estimation simplement en face des marchés de la publicité, dans la presse écrite, la radio ou la télé, puisque une publicité – réussie – en ligne peut avoir beaucoup plus d’impact. Et le bouleversement que représentent les blogs sur le marché de la publicité comporte deux aspects très différents.

D’une part, les pages vues sur les blogs représentent un accroissement considérable de l’espace disponible sur le marché de la publicité en ligne. La principale nouveauté est que les hébergeurs de blogs vendent des espaces publicitaires issus de pages qu’ils n’ont pas eu à produire eux-mêmes. Les technologies d’analyse de contenu permettent de mettre des publicités souvent en rapport avec le sujet traité dans la page de façon à être en adéquation avec les centres d’intérêts de l’internaute qui la consulte. Evidemment la qualité du support est bien moindre que celle d’un média traditionnel et, beaucoup d’annonceurs préfèrent, à juste titre, ne pas afficher leur campagne sur un support ayant une telle liberté de ton que les blogs. Savoir que le programme de publicité Google Adsense déboursera 900 millions de dollars sur 3 ans pour afficher de la publicité sur le réseau de blogs myspace permet de mieux chiffrer le potentiel il me semble.

D’autre part, les bloggeurs sont eux-mêmes une cible très importante pour les publicitaires. Il est ici difficile d’avancer des chiffres, car on se situe plutôt dans un marketing dit tribal ou viral que dans des campagnes de publicités traditionnelles. L’enjeu est d’attirer l’attention de bloggers influents, c’est à dire des leaders d’opinion qui, lorsqu’ils abordent un sujet sur leur blog, lui permettent d’être repris sur de nombreux autres blogs et donc, au final, d’être portés à la connaissance d’un nombre potentiellement considérable d’internautes.

Est-il possible de se faire beaucoup d’argent en tant que bloggeur ? Et comment ?

Disons qu’entre devenir riche ou célèbre, le blog vous permettra plutôt d’être célèbre. Le blog n’étant qu’un outil, il ne change rien au besoin pour le bloggeur d’avoir des qualités d’écriture, une capacité à comprendre les attentes d’une audience qualifiée afin d’obtenir des revenus de son blog. Les cas d’enrichissement grâce à un blog sont rares, par contre de nombreux bloggers ont acquis une notoriété, étoffé leur réseau, trouvé des clients grâce à leur blog.

Pour atteindre ces objectifs, un conseil clé est de trouver, puis respecter, un certain rythme de publication. Comme pour tout média, pour se construire une audience, il faut que cette dernière sache que chaque semaine, chaque jour,…. elle sera susceptible de lire de nouveaux textes.

Tout blogger peut, par contre, sans trop de difficulté obtenir de ” l’argent de poche ” en affichant des publicités de type liens contextuels sponsorisés ou relevant du programme d’affiliation Amazon lorsqu’il parle d’un livre ou disque par exemple.

Comment décririez-vous un blog attractif pour un publicitaire ?

En fonction de son besoin, c’est un espace qui va lui permettre de toucher une cible extrêmement précise. Certains blogs traitent de sujets pour lesquels il n’existait pas avant de publication, faute pour celle-ci de pouvoir être rentable. En abaissant le coût de publication et en offrant des outils de diffusion à tous, les blogs ont donné naissance à ce que l’on appelle des nanopublications. Ce ciblage plus fin permet en principe de faire des économies sur le budget de la campagne.

Lorsque la cible est plus large, l’attractivité d’un blog se mesure alors uniquement à son influence, c’est à dire sa capacité à être un nœud qui compte dans le réseau. Ainsi, un blog dit de référence va être très lu par d’autres bloggers ayant eux-mêmes une audience importante. Etre présent sur un blog de référence s’est donc avoir une bonne chance de voir son message rediffuser sur d’autres blogs, et ainsi multiplier de façon exponentielle la diffusion du message. Ce type de viralité, très forte sur Internet, l’est encore plus au sein des blogs. Elle est à manier avec précaution car si le message émis par le publicitaire est mal perçu, voire critiqué par les bloggers, c’est la critique qui va se diffuser de façon exponentielle.

Que pensez-vous de Google Adsense ?

Simplement génial. Pour les personnes qui ne connaissent pas du tout, on pourrait dire que c’est le eBay du marché de la publicité en ligne.
Conçu très tôt par Google, et facile d’emploi au regard de ses immenses possibilités de ciblage, Google Adsense est véritablement le supermarché de la publicité : les annonceurs peuvent y trouver de tout en grande quantité, faire leurs achats eux-mêmes, dépenser exactement le budget souhaité, quantifier précisément leur retour sur investissement, etc. En face, les sites importants, aussi bien que le bloggeur lambda, trouvent une façon commode de commercialiser leur espace.

En tant que fondateur de hautetfort.com, diriez-vous que les hébergeurs sont rentables ?

A l’époque de la ruée vers l’or, la méthode la plus sûr pour s’enrichir était plutôt de vendre des pelles et des tamis que de s’épuiser à chercher le précieux métal. La situation n’a pas fondamentalement changé avec les hébergeurs proposant des outils aux internautes voulant blogguer.

Comme vous vous en doutez, il n’y a pas de réponse unique, le talent de chacun, la capacité à contenir ses coûts, à se faire connaître permet aux écarts de se creuser entre hébergeurs de blogs. Le modèle économique est en tout cas systématiquement une combinaison des modèles suivants : une offre d’hébergement gratuit, avec en contrepartie un affichage publicitaire sur le blog ; le paiement du service ou de certaines options ; une offre d’hébergement gratuit, pas ou peu d’affichage publicitaire sur le blog lui-même, mais plutôt monétisation de la communauté formée par les bloggeurs utilisateurs de la plateforme auprès de partenaires et d’annonceurs ; la vente de la technologie clé en main (très souvent à des medias ou fournisseurs d’accès voulant proposer une offre de blogging à leurs lecteurs ou abonnés).

Les blogs sont-ils un bon produit marketing pour les possibles candidats à la présidentielle de 2007 ?

Evidemment, mais le blog du candidat ne devra être que l’arbre cachant la forêt. En effet, l’enjeu pour un candidat est surtout que des milliers de sympathisants et militants créent des blogs de soutien. Le candidat doit simplement montrer l’exemple, encourager ses supporters, créer un lien entre la mobilisation en ligne et la mobilisation dans le monde réel. C’est ce que le candidat à la présidentielle américaine Howard Dean avait si bien réussi en 2004. Toute la difficulté est de créer un environnement favorable, de savoir inciter sans aller trop loin, car toutes tentatives de récupération ou de dirigisme seraient mal perçues par des bloggeurs soucieux de leur indépendance.

Les candidats devront trouver la bonne alchimie entre le dispositif Internet d’un parti, de ses fédérations locales, de ses cadres, militants et leur propre blog. L’UMP et le PS, pour citer les principaux, y travaillent depuis des mois et tout sera en place à la rentrée. Ségolène Royale se débrouille actuellement très bien, son outil informatique ” développé maison ” n’est d’ailleurs pas un blog, mais l’esprit d’ouverture des blogs est présent. C’est sans doute pour cela que beaucoup de médias utilisent le terme de blog.

Comment, selon vous, est appelé à évoluer le marché du blog en France ?

Lorsqu’il y aura suffisamment de blogs, on ne parlera sans doute plus vraiment de ce marché en tant que tel. Il fera partie du grand marché de l’Internet. Ce phénomène est d’ailleurs déjà bien avancé, puisque c’est maintenant le concept de web 2.0 qui monopolise l’actualité du marché, des développements et des investissements Internet. Le web 2.0 correspond simplement à la façon dont les internautes utilisent désormais le web : ils produisent de l’information, veulent accéder à leurs services depuis n’importe quel terminal, souhaitent un maximum d’interopérabilité entre les outils. En ce sens les blogs font partie du web 2.0.

 
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